Le Club de lecture : Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux

Avec Aide-moi si tu peux, Jérôme Attal (que j’ai découvert à la forêt des livres en 2013) signe son dixième roman et explore pour la première fois le genre policier. Si le résumé (un flic bloqué dans les années 80, la disparition d’une jeune fille fan des Beatles– d’où le titre du roman -, une série de meurtres plutôt sanglants) rend cette intrigue irrésistible à tout amateur de l’écrivain touche-à-tout, même les non-initiés apprécieront ce roman policier d’un genre différent.

Car connaissant le style doux et poétique de Jérôme Attal, on peut se douter avant même de lire les premières pages du livre qu’on ne se plongera pas un Agatha Christie ni un Arnaldur Indridasson. L’intrigue est plutôt bien ficelée, mais le vrai intérêt de ce roman, ce sont les personnages et leurs histoires. L’enquête passe souvent au second plan, derrière le caractère brut de décoffrage du capitaine Stéphane Caglia, ancien flic infiltré au passé trouble, révolté des temps modernes qui aimerait coller des beignes à tous ceux qui manquent de civisme – sachant qu’il a sa propre définition du civisme (on ne le surnomme pas « Cague » pour rien) :

Extrait d'Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux - Ch. XV

Extrait d’Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux – Ch. XV

L’acolyte de Stéphane, Prudence Sparks (un nom qui signifie Prudence Étincelles, ndlr), jeune policière rousse fraîchement débarquée d’Angleterre et heureusement bilingue (pratique, quand même, quand on écrit un roman en français) rappelle l’amour que l’auteur porte au pays de Sa Majesté. Les autres personnages sont vivants et collent au genre (les ados rebelles incompris ou qui se croient tels, la mère de Tamara, la jeune fille disparue, un poil vulgaire et aguicheuse mais séduisante pour Caglia…).

Et puis surtout, on aime retomber en enfance (ou en adolescence) avec toutes les références aux années 80 qui envahissent littéralement le récit : de Rape Me de Nirvana aux Chocapic, en passant par les consoles de jeux, impossible de ne pas plonger dans ses propres souvenirs, ce qui fait d’Aide-moi si tu peux un roman à plusieurs niveaux de nostalgie. On pardonne finalement facilement à Stéphane Caglia de vouloir s’échapper de ces temps compliqués que sont notre présent puisque « C’est vraiment difficile d’être un homme dans les années 2010 (…), les femmes que vous ne baisez pas vous en veulent autant que celles que vous avez baisées » (p.154) – le pauvre.

On termine ce roman policier-poétique (car malgré ce dernier extrait qui prouve que Jérôme Attal sait utiliser quelques gros mots quand c’est nécessaire, on retrouve sa plume douce et enchanteresse, notamment dans ses descriptions des femmes ou dans ce passage où il évoque indirectement sa maman, disparue récemment) avec un sourire aux lèvres, mais aussi avec une envie d’y retourner.

On espère que Stéphane Caglia et Prudence Sparks reviendront, histoire de prendre de leurs nouvelles, mais aussi que la vieille affaire du Souterrain stellaire nous sera racontée, parce que cette histoire qui coud le roman d’un fil rouge intrigue. Ned Mangin et l’Élégant auront-ils droit à leur moment de gloire ?

Chloé Chateau

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux, Robert Laffont

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux, Robert Laffont

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux

Robert Laffont, 2015

267 pages, 18€