Jérôme Attal : « D’autres histoires avec Stéphane Caglia ? Une perspective réjouissante »

Jérôme Attal - Robert Laffont

Jérôme Attal – Robert Laffont

Cet écrivain-poète prolifique et artiste aux multiples facettes est une de mes découvertes littéraires favorites de ces dernières années. Jérôme Attal, qui vient de sortir Aide-moi si tu peux, son premier roman policier humant bon la castagne et la nostalgie des années 80, s’est livré pour Les Fourberies d’Escarpin sur ses inspirations et la possibilité d’une (ou plusieurs) suites aux aventures de Stéphane Caglia et Prudence Sparks.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire un roman policier et pourquoi en détourner le genre ? 

The Big Sleep

The Big Sleep

James Lee Burke, Creole Belle

James Lee Burke, Creole Belle

Après une histoire de France racontée aux extra terrestres, deux parodies de Livres dont Vous êtes le héros sur le territoire amoureux, après avoir exploré le pastiche avec Le Journal fictif d’Andy Warhol, et la comédie poétique avec Presque La Mer ou Le Voyage près de chez moi, j’avais envie de m’attaquer à un nouveau genre avec toujours le désir et la nécessité d’y intégrer mon univers personnel, mes préoccupations du moment. Il y a des romans policiers que j’aime beaucoup, notamment ceux de James Lee Burke, pour leur style et leur philosophie. Pourtant, au final, je crois que j’ai davantage fait quelque chose qui ressemble à du pur divertissement, comme lorsque Howard Hawks s’accapare Le grand sommeil et en fait un truc un peu bizarroïde pour les puristes du genre, mais en même temps très excitant en terme de romance et de jolies scènes. L’idée, comme ça reste un roman, était qu’il y ait autant de jolies phrases dans mon livre qu’il y a de jolies scènes dans le film de Hawks.

D’où vient la passion de Stéphane Caglia pour les années 80 ? 

Stéphane Caglia a un problème avec l’atmosphère actuelle ambiante qu’il trouve vulgaire, adipeuse, il a tendance à penser que le monde d’aujourd’hui a perdu en décence, alors pour échapper à tout ce qui l’exaspère et le flingue au quotidien, il se réfugie dans la seule période heureuse de sa vie, c’est-à-dire son enfance. Et son enfance correspond aux années 80. Comme toutes les personnes qui ont eu une enfance heureuse, il en garde une inguérissable nostalgie. Une blessure mélancolique. Celle d’un refuge qu’il ne retrouvera plus. Le seul abri qu’il puisse encore rencontrer est dans l’espoir d’une relation amoureuse partagée. Il ne voit pas du tout que les années 80 pourraient être considérées comme laides et outrancières par rapport aux années 60 ou 70 qu’il n’a pas connues.

Les « légendes » (« Legends », « Le Bureau des légendes ») sont assez à la mode en ce moment, est-il possible d’imaginer une suite, ou même une genèse à « Aide-moi si tu peux » ? Un roman où on découvrait « John Franju » dans l’affaire qui lui a fait rencontrer l’Élégant et les autres ? 

J’adorerai écrire une suite, en impliquant davantage le personnage de la jeune coéquipière anglaise, Prudence Sparks, mais pour le moment c’est un peu le flou, je ne sais pas du tout quand sortira un prochain roman (j’espère l’année prochaine), chez qui, et en ce qui concerne strictement l’écriture j’ai une autre histoire que j’ai commencé à écrire et qu’il me tarde de voir progresser, mais c’est vrai que plusieurs histoires dans la peau de Stéphane Caglia, ce serait une perspective réjouissante. Son goût des bons mots, et surtout, sa capacité à s’indigner dans le monde d’aujourd’hui, m’apparaissent inépuisables.

Caglia peut être défini comme une « brute poétique ». Il veut coller des beignes à (presque) tout le monde mais toujours pour de nobles raisons. Il n’en reste pas moins un personnage un peu brusque, brut de décoffrage. Cet antagonisme était surprenant et agréable dans ce roman mais si tu devais reprendre ce personnage dans un autre roman, comment le ferais-tu évoluer ?  

Tu as raison, sa capacité à la brutalité l’éloigne un peu des personnages de mes précédents romans mais en même temps c’était nécessaire dans le contexte de cette histoire. Il y a un moment où face au demeuré qu’il a en face de lui, il baisse les bras puis lève son poing et cogne un grand coup. J’ai aussi une fascination depuis l’enfance pour les supers héros, les Marvel, DC comics. Je trouve ça fabuleux la manière dont des créateurs américains, en particulier Jack Kirby et Stan Lee se sont inventés des figures mythologiques dans une Amérique trop jeune pour ces moments de bravoure dignes de la mythologie grecque. Ils ont ajusté leur pureté ou leurs affres, leur fatum, à la noirceur des mégapoles contemporaines. Ces supers héros ne sont rien sans la force physique, qui à un moment donné parle pour eux. Caglia n’a pas beaucoup d’indulgence vis-à-vis de ses contemporains. Il pense que face à un super vilain ou même à un super connard qui vous fait une queue de poisson en voiture, hurle dans une rame de métro et met ses pieds sur la banquette, regarde une fille de travers et l’insulte en pleine rue, une bonne claque dans la gueule aide à rééquilibrer la décence en ce monde.

Dans l’épilogue (attention, SPOILER) Stéphane Caglia emmène Prudence Sparks déjeuner après que son idylle naissante avec un autre collègue a capoté. Se pourrait-il que ce soit le début d’une romance ? Ont-ils une vraie chance ensemble ? 

Ce que je vais dire est très deleuzien, mais j’ai l’impression que tout le monde a une chance avec tout le monde, cela dépend juste du contexte. Un amoureux, c’est quelqu’un qui créé un contexte favorable. C’est un bâtisseur de cathédrales pour un baiser échangé. J’aimais bien l’idée que les lecteurs soient heureux quand ils apprennent que le plan avec le jeune collègue ait échoué. Après, le souci quand même, c’est que Prudence Sparks ne capte rien aux années 80.

(FIN DU SPOILER)

Dans L’Histoire de France racontée aux Extra-terrestres et Presque la mer, on peut laisser son imagination divaguer sur certains passages et imaginer que ta propre histoire a inspiré en parties tes histoires de papier. Dans Aide-moi si tu peux cela est moins flagrant, même si à la fin du roman il est évident que tu écris un message d’amour à ta maman. Est-ce qu’il y a d’autres expériences personnelles cachées dans ce roman ? 

Oui. Quand j’ai commencé à écrire ce roman je venais de perdre ma maman. Ça a vraiment été (et continue à être) un choc pour moi et je ne voulais pas livrer ça d’un bloc, brutalement pour le coup. Parce que se lancer dans ce genre de récit me paraissait invraisemblable, comment rendre compte et partager une infinité de moments vécus, de protection et de soucis. Et les mille vies, les habitudes changeantes, au cours d’une même vie avec une personne si proche et qui m’a tellement protégé. Alors j’ai préféré distiller certains moments de cette vie et de mon chagrin dans cette histoire. J’aime beaucoup l’idée de ne pas s’appesantir et de livrer quelques souvenirs qui nous brûlent le cœur dans une historie trépidante et divertissante. Je trouve ça plus pudique au final. Je parle pour moi bien sûr et dans l’idée où il y aurait d’autres romans avec Stéphane Caglia pour personnage principal je pense continuer à greffer à ses enquêtes des souvenirs personnels. C’est ce que j’aime dans l’écriture.

Tu tiens un Journal sur Internet. En le parcourant, j’ai remarqué qu’il n’y avait rien entre le 26 mars 2014 et le 14 mars 2015. Le décès de ta maman au moment de Pâques en 2014 a-t-il un rapport avec cette pause ? As-tu ressenti le besoin de lui écrire, même autrement ? 

Oui. C’était très difficile de continuer à tenir mon Journal en ligne durant cette période. C’est toujours une question de pudeur, et il y a tellement de choses qui me sont tombées dessus, les choses matérielles à régler, et puis la tristesse, le moteur indifférent du travail, et puis rapidement je me suis lancé dans l’écriture d’Aide-moi si tu peux. Mais en ce moment je reviens au Journal, parce que je sais qu’il est lu et que sa lecture régulière est importante ne serait-ce que pour une poignée de personnes qui le suivent avec passion comme j’ai pu lire celui de Jean-René Huguenin à un moment de ma vie.

Tu as un éventail d’activités plutôt large, artistiquement parlant. Outre l’écriture (littérature, paroles de chansons, films) tu as également sorti un album de chansons dont tu es l’interprète. Ton grand-père, Jacques Collas, était peintre. Est-ce une forme d’art que tu exerces aussi ? Est-il possible d’imaginer une exposition de tableaux (ou de photos) de Jérôme Attal ? 

Je suis une bille en peinture et en dessin, c’est tragique. Au collège, à Saint-Augustin à Saint-Germain-en-Laye, c’est ma maman qui me faisait mes devoirs de dessin, et la prof obstinément me collait les pires notes, ce qui désemparait totalement ma mère (elle avait fait les Beaux Arts de Liège). J’aurais adoré avoir le talent de dessiner parce que j’adore la BD ou le roman graphique et j’aurais aimé en faire. Mais il y a un côté tellement minutieux dans le dessin, et je suis un impatient. Après je pourrais toujours écrire un scénario et trouver un dessinateur avec lequel travailler. On ne peut pas être pertinent en tout et c’est ça qui est beau aussi dans l’expression artistique : savoir s’entourer. Il ne faut pas devenir comme ces chanteurs doués pour leur charisme et leur qualité d’interprétation qui se mettent aussi à écrire et à composer et qui finissent par produire des chansons insipides et prétentieuses dont tout le monde se contrefout.

En parallèle à la sortie d’Aide-moi si tu peux une chanson est sortie en collaboration notamment avec Valentin Marceau pour la musique. Comment cette chanson est-elle née ? 

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux

Jérôme Attal, Aide-moi si tu peux

À chaque roman, j’aime proposer une chanson originale, même si elle est là pour n’exister qu’à une petite échelle, c’est un rituel qui me plait. Avec Valentin Marceau, on a fait deux bons singles cette année : Défendre Alice et Sybille Kill. On travaille bien et rapidement, avec exigence et sans trop discutailler pendant des heures sur un mot ou une note, ce qui serait totalement épuisant. Il y a une émulation et pour la chanson Aide-moi si tu peux, ça s’est fait très rapidement, je lui ai apporté le texte, il a fait la musique, on a fait ensuite une ou deux modifs chacun dans sa partie, et c’était prêt à être écouté !

Sur Facebook, tu as publié plusieurs extraits d’Aide-moi si tu peux dont celui-ci : Une fois l’enfance derrière soi, on ne devrait jamais plus prendre de dessert ». T’es pas sérieux ? 😉

Non. C’est pour ça que c’est sympa. Parce que ce n’est pas sérieux et en même temps chacun peut y plonger une petite cuillère de vérité.

And last but not least, la question qu’on ne t’a jamais posée et à laquelle tu aimerais répondre ?  

Pourquoi Stéphane Caglia a en sonnerie de téléphone portable Boule de Flipper de Corynne Charby et pas Pile ou face, son autre tube eighties ?

Et la réponse ? 

Je n’ai pas la réponse, mais la question méritait d’être posée 🙂

Propos recueillis par Chloé Chateau

Jérôme Attal - Robert Laffont

Jérôme Attal – Robert Laffont

# Nouveau roman : AIDE-MOI SI TU PEUX, DISPONIBLE le 5 mars 2015.

Le Aide-moi si tu peux dédicaces tour passera par :
18 avril : salon du livre de Châteauroux
19 avril : salon du livre de Saumur
25 & 26 avril : salon du livre de Saint-Louis
16 & 17 mai : salon du livre de Quimper
29 mai : Librairie L’essentiel Casteljaloux
30 & 31 mai : salon du livre de Villeneuve-sur-Lot
4 juin: Librairie The French BookShop (Londres)
20 & 21 juin : Saint-Maur-en-poche
25 juin : rencontre et dédicace en soirée à la librairie L’Amandier (Puteaux, 92)
Etc.