Thé comme t’es #4 : Jérôme Attal et le Pu-Erh

Le thé préféré de Jérôme Attal est le Pu-Erh. Ici, il déguste un English Breakfast Tea de Jing

Le thé préféré de Jérôme Attal est le Pu-Erh. Ici, il déguste un English Breakfast Tea de Jing

Jérôme, Écrivain, Paris
Aide-moi si tu peux
, éditions Robert Laffont

« Je bois du thé Pu-erh depuis près de 25 ans. Au tout départ même, dans le magasin Mariage-Frères de la rue des grands Augustins, à Paris, j’étais le seul à m’enquérir de ce thé dont aucun client ne soupçonnait l’existence, si bien que les vendeurs ironisaient toujours et me proposaient de changer l’étiquette sur la grande jarre noire d’où ils puisaient le thé, pour y coller mon nom et prénom à la place. Voilà comment j’ai failli avoir un thé Mariages Frères à mon nom, en 1993-1994.

« J’habitais à l’époque du côté de la rue Mouffetard et mes parents faisaient le voyage chaque dimanche de leur banlieue ouest pour venir déjeuner avec moi dans le troquet à l’angle de la rue Mouffetard et de la rue de l’Arbalète, mon père adorait cette ambiance de la rue Mouffetard le dimanche qui sans doute devait lui rappeler sa jeunesse, et ensuite, après le déjeuner, je montais dans la voiture avec eux et empruntant les quais pour repartir vers la porte d’Auteuil mon père nous déposait ma mère et moi à l’angle avec la rue des Grands Augustins pour une escale où elle me gâtait en me ravitaillant en thé Pu-erh. Je remontais ensuite vers chez moi, à pied, dans ce Paris que j’aimais tant. Le dimanche après midi, je regardais l’émission littéraire de Bernard Rapp à la télé et allais ensuite acheter un des livres présentés, bonheur de ce quartier où il y a des librairies ouvertes le dimanche, et je passais la soirée à lire en buvant du thé Pu-erh avant de reprendre plus ou moins la fac le lendemain.

« Au départ, je crois que j’avais lu au hasard d’un magazine que le thé pu-erh avait des vertus diététiques, et comme je suis absolument gourmand en desserts, mon côté judéo-chrétien m’avait fait élire ce thé pensant qu’il ferait passer en douceur tout ce que je pouvais avaler en tablettes de chocolat et parts de prodigieux gâteaux. Mais davantage que diététique, je dirais, à l’usage, que le thé Pu-erh répare. Son côté sombre et profond apaise comme un baume intérieur. Il répare d’une nuit blanche, d’une amoureuse enfuie, du passé qui ne reviendra plus, d’une trop longue absence d’un lieu qu’on a fait soi.

« Ses détracteurs disent de lui, la première fois qu’ils le goûtent, qu’il a un goût de poisson. C’est toujours la même histoire avec les gens qui critiquent. Qui vous dit qu’ils n’ont pas mangé du poisson juste avant ?

« J’évoque le thé Pu-erh dans mon roman Le voyage près de chez moi, et d’innombrables fois dans mon Journal intime sur le net.

« Si les livres et le thé sont les fondations d’un endroit que j’appelle une maison, le thé Pu-erh y est aussi indispensable que les romans de Francis Scott Fitzgerald, J.D. Salinger ou Marguerite Duras.

« Il y a encore deux choses que j’aimerais vous dire : la première est que le thé Puerh ne supporte pas une deuxième infusion – « les rabibochages, ça ne marche jamais » comme disait ma maman, et la deuxième chose c’est que sur la photo qui accompagne ce texte je triche un peu car je ne bois pas du Pu-erh, mais un autre thé que j’adore : le breakfast English tea de la marque Jing, que l’on trouve à Londres. »

Mariage Frères vend une bonne dizaine de thés Pu-Erh, à tous les prix, de 5€ à 55€ les 100g, selon l’année de production (plus il est vieux, plus le pu-erh coûte cher).