L’Histoire du thé #1 : Lu Yu et le Classique du thé

Lu Yu, Le Classique du thé, aux éditions Rivages poche

Lu Yu, Le Classique du thé, aux éditions Rivages poche

« Les circonstances dans lesquelles on boit ont des motifs profonds : (…) pour chasser la torpeur et la somnolence on boit du thé » Lu Yu est un auteur chinois de la dynastie Tang, essentiellement connu pour son Classique du thé, le tout premier ouvrage au monde à traiter du thé en 780. 

Une petite feuille amère, sur un arbre qui pouvait attendre plus de vingt mètres de haut, est devenue, un jour, l’origine de la boisson la plus recherchée dans le monde entier : le thé. En Chine, cette petite feuille doit aussi son succès à un homme dont le fabuleux destin l’a conduit devenir le dieu du thé : Lu Yu (733-804). Il est le premier à avoir présenté une synthèse des différents aspects du thé et à avoir posé les bases de l’art de la dégustation dans son ouvrage élevé au rang de livre canonique : Le Classique du thé.

Voici la présentation du Classique du thé, telle qu’elle est imprimée sur la quatrième de couverture de l’édition française parue en mai 2015 aux éditions Rivages poche et traduite par Catherine Despeux. Lu Yu, l’auteur de ce traité, est né en 733 à Jingling sous le règne de l’empereur Tang Xuanzong. Orphelin dès sa petite enfance, il est recueilli dans un monastère bouddhiste où il apprend à lire et écrire. Rebelle, il est souvent battu et puni et finit par fuguer à l’âge de douze ans. Il intègre alors une troupe de théâtre où il devient comédien. Rapidement remarqué par le gouverneur de Fuzhou, il est confié à un maître auprès duquel il poursuit ses études jusqu’à l’âge de vingt ans et développe une passion pour le thé. En 753, il voyage dans plusieurs régions afin d’étudier le théier.

C’est après s’être retiré dans les montagnes des environs de Fuzhou en 760 que Lu Yu commence la rédaction de son traité sur le thé, Le Classique du thé, qui sera édité en 780 et qui évoque à la fois la cueillette et la préparation du thé mais regroupe également des anecdotes récoltées par Lu Yu et sa philosophie du thé. Sa renommée s’étend alors et l’empereur Tang Dezong lui propose un poste à la cour qu’il refuse. Il meurt en 804.

Pour vivre, toutes les espèces ont besoin de boire et de manger. Les circonstances dans lesquelles on boit ont des motifs profonds : pour étancher sa soif on boit de l’eau, pour réconforter la mélancolie, on boit du vin, pour chasser la torpeur et la somnolence on boit du thé

Lu Yu, Cha Jing, Chapitre III, « Dégustation »

Lu Yu, Cha Jing (source : Wikipédia)

Lu Yu, Cha Jing (source : Wikipédia)

Le Classique du thé ou Ch’a Ching ou Cha Jing en chinois, est donc le tout premier traité sur le thé. En dix chapitres, Lu Yu décrit l’histoire du thé, les méthodes de cueillette, de conservation et de préparation du thé :

  • Chapitre 1 : Origines (Origine mythologique du thé en Chine. Étude horticole de la plante et recherche étymologique).
  • Chapitre 2 : Outils du thé (Quinze outils pour récolter, presser, sécher et conserver les feuilles et gâteaux de thé).
  • Chapitre 3 : Fabrication (Procédé de production du gâteau de thé compressé).
  • Chapitre 4 : Matériel (Vingt-huit objets employés pour la fermentation et la dégustation du thé).
  • Chapitre 5 : Fermentation (Étapes de la préparation du thé).
  • Chapitre 6 : Boire (Propriétés du thé, histoire de sa consommation et différents types de thés connus en Chine à l’époque de la rédaction du Cha Jing).
  • Chapitre 7 : Anecdotes.
  • Chapitre 8 : Lieux (Classement des huit grandes régions productrices de thé en Chine).
  • Chapitre 9 : Omissions (Procédures qui peuvent être omises).
  • Chapitre 10 Résumé (Cinq pages de soie qui résument les neuf chapitres précédents).
Palais des thés, Pu-erh Qi Zi Bing Cha, thé compressé

Palais des thés, Pu-erh Qi Zi Bing Cha, thé compressé

Comme le cinquième chapitre de ce traité évoque la fermentation et que le troisième chapitre explique la production des galettes de thé compressé, il est courant de penser que l’on buvait du Pu-Erh, du thé fermenté et souvent compressé, à l’époque de Lu Yu. Selon Puerh.fr, il s’agit d’une erreur de penser que les galettes de thé d’aujourd’hui sont les mêmes que celles de l’époque de Lu Yu :

Il s’agit là d’une erreur de compréhension ou de traduction des textes anciens. (…) Le thé était bien consommé en Chine sous forme de galettes (…) mais ces dernières n’avait – hormis leur silhouette circulaire – pas grand-chose en commun avec les galettes de Pu-Erh d’aujourd’hui. Les galettes de Pu-Erh sont en effet faites de feuilles entières, rendues souples à la vapeur puis compressées, et ce sont bien des feuilles entières que l’on extrait de la galette pour les infuser. Les galettes antiques, pour leur part, étaient faites d’une sorte de pâte de thé compressée, qui était ensuite cuite à la flamme puis mise en poudre avant d’être consommée.

Cette information est confirmée par Le temple du thé, qui décrit les différentes manières d’apprécier le thé à l’époque de Lu Yu et évoque la philosophie de l’auteur, notamment en ce qui concerne la modération :

Dans son Classique du thé, Lu Yu appelle à la modération dans la consommation du thé. Il conseille de toujours le boire comme si c’était la vie elle-même, sans en dissiper la saveur. « Ne buvez jamais plus de trois tasses à moins que vous ne soyez réellement assoiffé » La modération est l’un des cinq principes de la morale confucéenne. Sous la dynastie des Tang, les ustensiles en or, en argent ou en jade étaient très populaires dans les foyers les plus riches. Cependant, Lu Yu préconise l’emploi d’ustensiles en terre cuite. Il avait toujours à l’esprit les principes d’économie et d’efficacité.