Tea in Literature #6 : Jérôme Attal, Les Jonquilles de Green Park

Jérôme Attal, Les Jonquilles de Green Park 2

Nouveau moment tea time en littérature avec cette fois le tout dernier roman de mon chouchou Jérôme Attal, Les Jonquilles de Green Park. 

Il y a quelque temps, nous avons découvert, ma mère, ma sœur et moi, Jérôme Attal à la Forêt des Livres de Chanceaux-près-Loches (en parlant de ça, David Foenkinos, qu’on avait invité à déjeuner à la maison avec ma sœur, n’est jamais venu. Peut-être qu’en lui donnant nos coordonnées, on aurait eu plus de chance). Avec ses post-it collés sur ses bouquins, Jérôme affichait son humour décapant « Prix Goncourt 2015 » (le 27 août 2013, n’est-ce pas) sur Le Voyage près de chez moi ou encore « Ce roman est formidable, je l’ai lu » sur L’Histoire de France racontée aux extra-terrestres. Du coup on a ri, on a discuté, et on est reparties avec le Goncourt et le Formidable.

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Et en rentrant, le coup de cœur. L’écriture très poétique de Jérôme Attal et son sens de l’imagination m’ont tout de suite plu. J’ai plus tard lu Pagaille monstre et Presque la mer. C’est là que j’ai senti que quelque chose changeait dans son écriture, en mieux. Cette sensation s’est confirmée avec Aide-moi si tu peux (j’attends d’ailleurs impatiemment la suite des aventures de Caglia !). À chaque livre, je voyais l’écriture s’affiner un peu plus, se bonifier, prendre en assurance et en poésie (des moments peut-être plus timides au début). Chaque nouveau livre que je lis de lui est pour moi son meilleur. C’était vrai avec Presque la mer, ça le fut l’année dernière avec Aide-moi si tu peux et j’ai un excellent pressentiment pour le dixième roman de Jérôme Attal, Les Jonquilles de Green Park.

Comme je suis actuellement plongée dans un pavé de 933 pages en anglais (l’excellentissime Shantaram de Gregory David Roberts) et que je veux rester concentrée, je me gardais jusque-là Les Jonquilles de Green Park pour juste après. Mais j’avais très envie de vous en parler quand même. Alors j’ai demandé à Jérôme de m’envoyer la photo d’une page du livre où il évoquait le thé. J’ai très bien fait. La page 160, qu’il m’a envoyée, est tout simplement exquise.

Ce roman, c’est « les quatre cents coups sous le Blitz de Londres ». Jérôme, qui compte « demander l’asile poétique » au Premier ministre britannique pour s’installer définitivement à Londres, y raconte l’histoire de Tommy, qui vit, en septembre 1940, avec ses parents et sa grande-sœur Jenny ans la capitale anglaise et se prépare à fêter Noël malgré le début des bombardements. Ses héros ? Superman, Buck Rogers et Winston Churchill, of course.

« Si j’étais critique de cinéma je dirais qu’un film est bon quand tu ne penses pas à retrouver les rues de ton quartier avant la toute fin. Si t’y penses, disons, au bout de dix minutes, c’est vraiment que le film est une cochonnerie. J’écrirais ce genre de trucs si j’étais critique de cinéma, tout le reste, les autres considérations, c’est vraiment pour gâcher du papier qu’ils feraient bien de laisser aux écrivains.

Donc, ça m’a fait vraiment mal au cœur de voir un théâtre où j’étais allé pour l’anniversaire de ma sœur complètement éventré. Je me suis dit que les barbares c’était même pas la peine de discuter avec eux, je veux dire, quand vous voyez la façon dont ils se comportent, ils ne respectent rien, ils trouvent leur jouissance idiote dans la destruction. Leur parler de la splendeur de notre culture, c’est comme demander à un cul-de-jatte de sortir vainqueur de la course des Six jours à vélo ou à un manchot de prendre le thé avec le roi d’Angleterre.

Ça ne sert à rien d’aller parlementer avec un drapeau blanc ou alors c’est que vous êtes un foutu crétin et que vous avez des penchants suicidaires. »

Je ne sais pas vous, mais moi, cet extrait, il me donne très envie de faire une petite pause dans mon Shantaram adoré et de me précipiter chez mon libraire pour me procurer ces jonquilles de saison. Je vous laisse maintenant découvrir la prose envoutante de Jérôme Attal et vous donne rendez-vous très bientôt dans Le Club de lecture des Fourberies d’Escarpin. En attendant, très bonne lecture. ❤

Prendre le thé avec le roi d'Angleterre dans Les Jonquilles de Green Park de Jérôme Attal - ©Jérôme Attal