Le Club de lecture : The Goddess of Buttercups and Daisies de Martin Millar

The Goddess of Buttercups and Daisies by Martin Millar - DR/Martin Millar

The Goddess of Buttercups and Daisies by Martin Millar – DR/Martin Millar

421 avant Jésus-Christ : Athènes et Sparte se font la guerre depuis près de dix ans. Une rencontre au sommet pour négocier la paix va avoir lieu à Athènes, pendant les Dionysies, un festival de théâtre dédié au dieu Dionysos. Jusque-là, tout va bien. Historiquement, on est même dans les clous. Car le contexte historique et même certains personnages de The Goddess of Buttercups and Daisies, sont « réels ». C’est après que ça se corse et que la rigolade commence – parce que sinon ça ne serait pas un roman du génial et loufoque Martin Millar, mais un manuel d’histoire antique que j’aurais lu à la fac. 

Pas mal d’Athéniens sont fatigués de la guerre et Aristophane en fait partie. Il a donc décidé d’intituler la pièce qu’il écrit pour le festival « Peace » (La Paix, en français), histoire de faire passer en douceur l’idée que la paix, finalement, c’est pas plus mal, et que la guerre ça commence à bien faire. Bien sûr, tout ce qui peut dérailler dans la préparation de sa pièce va aller mal. Des acteurs aux costumes, en passant par les décors ou les pénis géants qui refusent de se lever correctement pour faire rire le public, le pauvre Aristophane doit régler tous ces problèmes sans même pouvoir compter sur son sponsor, furieux que son poulain prône la paix. Heureusement, le poète comique va recevoir l’aide de la déesse Athéna qui souhaite elle aussi la paix pour sa cité bien-aimée. Cette aide va se manifester sous l’apparence d’une nymphe des bois, Metris, dont l’unique pouvoir semble être de faire pousser des boutons d’or et des marguerites – c’est la fameuse déesse du titre du roman. Elle est accompagnée par l’amazone Bremusa, pas tout à fait ravie d’être accompagnée dans sa mission par la nymphe éthérée.

C’est la première fois, de l’aveu même de l’auteur, qu’un de ses romans est situé dans la Grèce antique. « J’ai déjà essayé de situer un roman dans la ville antique d’Athènes, mais ça n’avait jamais vraiment marché et j’ai abandonné ces premiers efforts », explique Martin Millar dans la postface de The Goddess of Buttercups and Daisies. « Ce n’est qu’une fois que j’eus décidé de faire tourner l’histoire autour d’Aristophane et de ses comédies débridées que je pus trouver le ton ». Malgré son contexte historique, l’auteur affirme que « The Goddess of Buttercups and Daisies n’est pas tout à fait un roman historique, puisqu’on y trouve des nymphes et des amazones. »

Lors de la lecture, on s’amuse et on rit en lisant les déboires d’Aristphane, mais aussi du looser de l’histoire : « Luxos was nineteen, the son of an oarsman. He wanted to be a poet. Zeus only knew why », peut-on lire dans le roman (et qu’on peut traduire ainsi : « Luxos avait dix-neuf ans et était le fils d’un rameur. Il voulait devenir poète, Zeus seul savait pourquoi. »). Ce pauvre Luxos à qui personne ne veut donner la chance qu’il veut de monter sur les planches pour réciter ses poèmes avec sa lyre toute pourrie. Mais l’auteur traduit bien l’état d’esprit des Athéniens, épuisés et anéantis financièrement par l’effort de guerre. On ne peut s’empêcher de faire des parallèles entre les raisons qui poussent certains Athéniens à vouloir faire perdurer la guerre et à faire ainsi appel à Laet, porteuse de discorde, pour faire échouer les éventuels accords de paix, et certaines situations de guerre auxquelles le monde fait face de nos jours. Ce n’est pas seulement un roman semi-historique, semi-comique que nous livre ici Martin Millar, mais un bel essai sur l’importance et la difficulté d’arriver à la paix.

Plus connu pour la série des Thraxas, qu’il a écrite sous le pseudonyme de Martin Scott, Martin Millar a remporté un franc succès grâce à Kalix, La loup-garou solitaire. Il serait pourtant dommage de mettre de côté le fabuleux The Good Fairies of New York (Les Petites fées de New York, éd. Intervalles) ou encore, Suzie, Led Zeppelin and Me, largement inspiré de la vie de l’auteur. Une fois encore, dans The Goddess of Buttercups and Daisies (qui sera traduit très prochainement en français), on retrouve la prose facile d’accès et pourtant poétique de Martin Millar, qui rend jolis les mots banals du quotidien. Il fait de la Grèce antique un monde parallèle dont on n’oublie qu’il a existé (presque) tel qu’il nous le raconte (tout dépend si l’on veut croire ou non à l’existence des dieux et des nymphes). On plonge dans une histoire qui nous transporte sur les rails de la joie de vivre, où les déboires sont effacés à coups de floraisons intempestives de boutons d’or et de marguerite et où les dieux s’intéresse encore aux hommes et à leur destin. On peine à reprendre le cours de sa propre vie lorsqu’on sort d’un roman de Martin Millar mais c’est pour le mieux : qui ne voudrait pas imaginer des brassées de fleurs des champs recouvrant subitement un quotidien gris et morose ?

The Goddess of Buttercups and Daisies by Martin Millar

The Goddess of Buttercups and Daisies by Martin Millar