#DammannDay : à la découverte de Dammann Frères

L'entrée de l'usine Dammann Frères à Dreux - ©Chloé Chateau

L’entrée de l’usine Dammann Frères à Dreux – ©Chloé Chateau

Pour continuer en douceur après le petit-déjeuner, nous avons commencé par prendre place autour de la grande table pour écouter Emmanuel Jumeau-Lafond nous parler de la marque Dammann Frères. 

Petit-déjeuner chez Dammann Frères à Dreux - ©Chloé Chateau

Petit-déjeuner chez Dammann Frères à Dreux – ©Chloé Chateau

Il était une fois Louis XIV qui accorda un beau jour de 1692 par ordonnance royale le privilège exclusif au « Sieur Damane » de « vendre, faire vendre et débiter seul, à l’exclusion de tous les autres, tous les cafés (…), les thés, les sorbets et les chocolats ». La classe à Dallas, quand même car à l’époque le thé, le café, tout ça, c’était tout neuf et trendy et avoir le droit de les commercialiser de façon exclusive, c’était un peu la gloire assurée. Dans la foulée (enfin, 133 ans plus tard), en 1825, Dammann Frères établit un comptoir de thé à Batavia, dans les Indes Orientales néerlandaises (aujourd’hui Djakarta en Indonésie). Et c’est un siècle plus tard, en 1925, que les frères Robert et Pierre Dammann fondent leur société de négoce Dammann Frères. Aujourd’hui (selon Wikipédia du moins), les « principaux concurrents de Dammann Frères au niveau mondial sont Fortnum & Mason, Mariage Frères, la Compagnie Coloniale, Fauchon, Le Palais des thés, Kusmi Tea, Albert Menès et le Comptoir Français du thé ». Autant dire qu’au niveau international, on joue avec les grands. Dammann Frères fournit d’ailleurs l’Orient-Express (après avoir été le fournisseur officiel de la French Line de la Compagnie Générale Transatlantique), mais aussi l’Assemblée nationale et d’autres trucs plutôt prestigieux (oui bon, j’ai pas eu le temps de TOUS les noter, mais l’idée c’est que c’est top).

C’est dans les années 1950 que Robert Dammann rencontre Jean Jumeau-Lafond. Ce dernier, en prenant son Solex, part faire le tour des épiceries fines de la capitale et de ses environs pour leur proposer de vendre du thé en vrac. Pendant qu’il y est, il décide un beau matin de créer le premier mélange de thé parfumé (à l’exclusion de l’Earl Grey). Comme sa femme Vera, d’origine russe, n’aimait pas trop la bergamote, elle écrasait toujours une rondelle d’orange dans sa tasse de thé. En mari prévenant, Jean Jumeau-Lafond avait bien remarqué cette petite manie et créa le thé noir parfumé Douchka (qui veut dire en russe « mon amour, ma bien-aimée »), aux agrumes, pour satisfaire sa douce épouse. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour faire plaisir aux femmes, me demanderez-vous ? Certes, il nous arrive d’être parfois un peu relou, mais du coup Jean-le-mari-de-Vera-qui-n’aimait-pas-la-bergamote venait de créer le premier thé parfumé français, le seul à faire concurrence à l’Earl Grey des Rosbifs (niveau Cocorico, ça se pose un peu là). Depuis, la marque a créé environ 3.200 mélanges parfumés, sur des bases de thés de toutes les couleurs. Comme quoi faire des caprices, parfois, ça peut avoir une certaine utilité.

Ensuite, ce sont les descendants de Jean Jumeau-Lafond qui ont repris le flambeau. Succédant à Jacques, c’est Didier Jumeau-Lafond qui est l’actuel président de Dammann Frères. C’est ce dernier qui a mis au point le révolutionnaire sachet Cristal® dans les années 1980. Les sachets en papier et en mousseline laissant s’échapper de fines poussières et pouvant changer le goût du thé en fonction des produits qui ont été utilisés pour les traiter, Didier et le Dr Sano mettent au point un sachet en nylon, qui n’a aucun de ces inconvénients. En plus, si on boit beaucoup de thé, on peut garder les sachets et se faire un collant avec. Mais le vrai avantage, c’est quand même de pouvoir retrouver « la qualité du vrac en sachet ». Fini, la poussière de thé dégueulasse, dans le sachet Cristal® les feuilles ont la place de s’épanouir lors de l’infusion et on peut donc y mettre de belles feuilles et de beaux morceaux de fruits… qu’on peut d’ailleurs voir à travers puisque c’est complètement transparent. Magie, magie, c’est le tea time d’aujourd’hui !

En 2005, Dammann Frères a intégré le groupe Illy. C’est de ce moment que datent la nouvelle charte graphique et la nouvelle boîte, désormais iconique. Une plutôt bonne idée, puisque les ventes ont explosé et le chiffre d’affaires doublé en quelques années. Il est désormais loin le temps où Jean Jumeau-Lafond faisait le tour des épiceries en Solex avec sa caisse de thé en vrac à l’arrière pour convaincre les gens de vendre ses produits. Désormais, Dammann Frères c’est 1.000 tonnes de thé produites par an, dont 100 millions de sachets Cristal® en 2015. Par ailleurs, la marque a ouvert sa première boutique place des Vosges en 2007. Eh oui, difficile à croire qu’elle est si récente avec le cachet qu’elle a, et pourtant. Petite anecdote amusante, Emmanuel Jumeau-Lafond (petit fils de Jean Jumeau-Lafond) nous a raconté qu’il n’y a pas si longtemps une dame est entrée dans la boutique avec sa fille en lui disant : « Tu vois, c’est ici qu’on venait acheter notre thé quand j’étais petite ». Oui, alors non, madame, du coup, ou alors vous vieillissez un peu vite, n’est-ce pas. Ceci dit, ce qui est intéressant dans cette historiette, c’est que Dammann a su intégrer sa boutique (installée dans une ancienne boutique de tapis) si parfaitement dans son environnement qu’on la croirait installée là depuis toujours.

Dans l’intention de coller toujours plus aux valeurs de la marque – « authenticité, élégance, créativité, savoir-faire, art de vivre à la française » – et de répondre à des exigences de qualités toujours plus importantes, Dammann Frères a décidé de se soumettre au très strict contrôle de la Certification IFS (International Food Standard) qui assure que le produit vendu est contrôlé du producteur au consommateur. Remise en cause tous les ans lors d’un audit de deux jours, cette certification n’est jamais acquise et pourtant Dammann, seule entreprise européenne qui teste 100% de ses lots de thé sur place (c’est-à-dire chez le producteur) et à l’usine, a reçu une note de 99,1%. Avouez que vous n’en avez jamais eu une aussi bonne à l’école. Dammann Frères, c’est donc non seulement une marque historique et inévitable sur le marché du thé, mais également une réelle assurance d’acheter et surtout consommer un produit de qualité qui répond aux exigences sanitaires les plus strictes. En d’autres termes, c’est la tasse parfaite, qui passe de main en main et de génération en génération. Une ambiance que l’on a ressentie tout le long de cette journée si spéciale. Dammann Frères reste une entreprise familiale – d’ailleurs, quand Emmanuel Jumeau-Lafond nous parlait des accomplissements de son père et de son grand-père, il ne nous parlait pas de « PDG », de « directeur » ou autre, mais disait « papa », tout simplement. Si Jean Jumeau-Lafond était la reine Elizabeth II et que son fils Didier était le prince Charles, alors Emmanuel Jumeau-Lafond serait William (et sa cousine Flora, qui est directrice générale, Zara Phillips). Mais qui sera donc le Baby George, me demanderez-vous ? Eh bien déjà, si le flambeau passe à nouveau à la génération suivante, on parlera plutôt de princesse Charlotte, et surtout, il va falloir attendre un peu car l’aînée d’Emmanuel Jumeau-Lafond n’a que… 13 ans.