Ma première dégustation de Darjeeling First Flush

Dégustation de Darjeeling First Flush chez Dammann Frères - ©Chloé Chateau

Dégustation de Darjeeling First Flush chez Dammann Frères – ©Chloé Chateau

Ce n’est pas un secret que j’adoooooore le Darjeeling. Mais, au risque de vous surprendre, je n’avais jamais dégusté ce que l’on appelle les Darjeeling First Flush. Jusqu’au 22 juin et à ma rencontre avec les autres blogueurs du #DammannDay, ces thés de printemps n’étaient pour moi qu’une chose de plus sur ma wish list, un peu comme le graal de la dégustation. Les experts thé de Dammann Frères m’ont déniaisée. 

Si vous jetez un œil sur les blogs des autres blogueurs de la #TeamTeaAddicts, vous verrez qu’ils sont pour la plupart loin d’être étrangers au concept de Darjeeling First Flush, encore appelés Darjeeling de printemps ou première récolte. Quand on se targue d’aimer le thé, et a fortiori le Darjeeling, c’est un peu un passage obligé. Il était donc un peu étrange que je n’y aie jamais goûté – un de ces hasards qui font la vie. J’étais donc toute contente d’apprendre que j’allais enfin y goûter lors du #DammannDay. Je dois vous avouer que j’en attendais beaucoup. Je m’imaginais goûter des thés d’une douceur splendide (c’était bien le cas), ronds et boisés… Pour ronds et boisés j’avais tout faux.

Autant vous le dire tout de suite, cette dégustation a été une étrange révélation. Le bon côté, c’est que je sais que les Darjeeling First Flush que j’ai dégustés chez Dammann Frères sous la houlette d’Emmanuel Jumeau-Lafond étaient forcément top. Cela me fait donc une bonne référence pour une prochaine fois que j’en boirai. Pour ceux qui débarqueraient sur mon blog sans savoir de quoi je parle, le Darjeeling est un thé noir qui pousse dans la région du Bengale-Occidental, dans le nord-est de l’Inde, près de l’Himalaya.

Nous en avons goûté trois : le Darjeeling First Flush 2016 PHUGURI, le Darjeeling First Flush 2016 GOOMTEE et le Darjeeling Second Flush 2016 GOOMTEE. Il s’agit, comme tous les Darjeelings de première ou deuxième récoltes, de thés « verts ». À comprendre qu’il s’agit bien de thé noir mais que le goût a un côté très frais et plus végétal que celui des thés d’été. Moi qui n’aime pas trop le thé vert (à part quelques très bons thés verts chinois), j’ai donc eu la surprise de me rendre compte… que je n’aimais pas les Darjeeling First Flush. Je m’en suis ouverte à Emmanuel Jumeau-Lafond en lui expliquant que j’aimais pourtant énormément le Darjeeling. Il m’a expliqué que ce que j’aimais, c’était donc sûrement les thés qui poussent plutôt en juillet, qui ont eu plus de soleil et qui sont plus ronds et fruités. Je me suis inquiétée de savoir si c’était « mal » de ne pas aimer les thés des premières récoltes et sans aucun snobisme, Emmanuel m’a répondu qu’il n’y avait pas de bons ou mauvais goûts en la matière. Chacun a son palais et aime ce qui lui convient. Il a d’ailleurs fait le parallèle avec le vin en devinant que j’avais une préférence pour les vins blancs moelleux et les vins rouges bien ronds.

En revanche, si je ne suis pas passée pour une grosse nouille parce que je préfère les Darjeeling d’été à ceux de printemps, l’ordre des choses a été rétabli lorsque j’ai affirmé que le Darjeeling First Flush 2016 GOOMTEE avait un petit goût de fromage. On s’est bien moqué de moi (Emmanuel : « Quoi, qu’est-ce qu’elle dit ? D’où qu’il a un goût de fromage, mon thé ? » avant de se resservir – bon, ce ne sont pas ses propos exacts, je résume) mais je ne suis pas femme à me rétracter (ou à me laisser faire) et j’assume : il y avait un petit goût de fromage. Là maintenant tout de suite je ne me souviens plus lequel, mais un jour viendra j’y regoûterai et je vous le dirai. De la chèvre, peut-être ?

Darjeeling et le phénomène de Dormance

Le Darjeeling c’est un peu (beaucoup) le dada d’Emmanuel Jumeau-Lafond, qui s’y rend tous les ans depuis environ vingt ans maintenant (et j’aimerais bien me glisser dans sa valise pour aller prendre le thé le matin face à l’Himalaya comme sur les photos qu’il nous a montrées). C’est avec un plaisir évident qu’il a partagé cette passion avec nous, pour nous en exposer les spécificités et notamment le phénomène de dormance :

« Ce qui est bien à Darjeeling, c’est qu’il y a plusieurs saisonnalités. Vous avez quelque chose d’important, ça s’appelle la dormance. Le théier a besoin d’un ensoleillement par jour, régulier. À partir du moment où l’ensoleillement est inférieur à onze heures, il va arrêter de pousser, de produire des feuilles et des fleurs, et va donc entrer en dormance. Cela se produit de novembre à mars. La dormance c’est quelque chose qui se passe à partir du moment où vous êtes assez loin de l’équateur, parce que plus vous êtes proche de l’équateur, plus vous avez un ensoleillement qui est régulier tout au long de l’année. Et c’est pour ça que dans des pays comme Ceylan ou des pays d’Afrique vous avez une récolte qui a lieu tout au long de l’année. Et plus vous allez vous éloigner de l’équateur, plus vous aurez une saisonnalité dans l’ensoleillement et donc vous aurez cette phase de dormance qui a dont lieu en Chine, au Japon, dans l’Inde du nord.

Et puis, à partir de mars, quand il y a de nouveau un ensoleillement optimum, le théier recommence à pousser, à produire des fleurs et des feuilles, grâce à sa première poussée de sève. C’est ce qu’on appelle la First Flush, la première récolte.

En mars et avril on a ce que l’on appelle les premières récoltes, ensuite on a du Between et après du Second Flush. Donc en restant même endroit, d’un jour à l’autre on aura un thé qui sera complètement différent de par l’altitude, le terroir, l’ensoleillement, la pluviométrie, et c’est ça qui est assez sympathique à voir. »

Nous avons également appris que la région de Darjeeling ne produit pas beaucoup par rapport à d’autres régions, notamment en raison de l’incidence géographique : situées sur les contreforts de l’Himalaya, les plantations ont en quelque sorte des frontières naturelles. Darjeeling fournit ainsi l’équivalent de 3% de la production de thé indienne dans un ensemble de 80 jardins environ qui ont chacun entre 250 et 300 hectares par plantation. Cette « incidence géographique » a une autre conséquence : comme on est dans les montagnes, la récolte ne peut être que manuelle parce que des machines pourraient ne pas y résister (ou détruire les feuilles de thé). Enfin, si les thés du Darjeeling sont si réputés, c’est aussi parce que les producteurs, de l’aveu d’Emmanuel Jumeau-Lafond, « se fichent du rendement ». « Ils savent que la qualité est là, il y a un savoir-faire, ce sont des thés qui sont appréciés à travers le monde. Quasiment toute la production de Darjeeling est exportée. Il s’agit de thés qui sont excessivement fins et délicats, et la récolte manuelle est très, très importante de façon à avoir un rendu visuel qui soit le plus propre possible, s’il on peut dire. »

Boire l’histoire à la plantation de Singtom Steinthal

La plantation de Darjeeling Singtom Steinthal - Emmanuel Jumeau-Lafond:Dammann Frères

La plantation de Darjeeling Singtom Steinthal – ©Emmanuel Jumeau-Lafond:Dammann Frères

C’est bien connu, il est toujours plus facile de s’intéresser à une histoire quand il y a des images. Et en guise d’illustrations de ses pérégrinations indiennes, Emmanuel Jumeau-Lafon nous a montré une photo qu’il a prise de la la plantation de Darjeeling Singtom Steinthal. « On loge chez le planteur, dans le bungalow du manager, face à l’Himalaya. Là c’est là où je loge – excessivement difficile, en plein milieu des plantations, où il n’y a pas de bruit, ah c’est vraiment très dur. Le matin au réveil, on boit son thé face à l’Himalaya, c’est très, très compliqué, on a hâte de rentrer à Dreux », nous a-t-il taquinés en nous montrant ses photos.

Singtom Steinthal, c’est la « première plantation créée à Darjeeling en 1847 par le pasteur allemand Steinthal. Il se promenait à Darjeeling, où il était venu avec des Anglais. À l’époque, pour échapper un peu à la chaleur étouffante de Calcutta ou de Cochin ou de Bombay, les Anglais allaient à Darjeeling qui était à 2.800 mètres d’altitude pour retrouver un petit peu de fraîcheur. Donc cet Allemand était là et il a fait des essais de plantation de théiers et c’est ainsi que Singtom Steinthal a été créé », nous a raconté Emmanuel. Boire du Singtom Steinthal, c’est donc un peu boire l’histoire du thé indien.

S’il a choisi cet exemple, c’est parce que « Singtom Steinthal est une plantation avec laquelle il faut avoir un relationnel pour être sûr de ne pas être trompé par rapport à la qualité. Steinthal ce sont des gens avec qui je travaille maintenant depuis près de quinze ans, il y a un rituel, il y a vraiment un relationnel qui s’est établi, et j’y vais chaque année. Quand on est là-bas, c’est pas pour discuter business, c’est vraiment pour de l’échange. C’est vraiment très important d’avoir ce relationnel-là avec les producteurs parce que si ils voient que vous vous intéressez, ils sont à même de vous proposer des lots vraiment uniques. Avec des gens comme ça, j’arrive par exemple à avoir du thé blanc de Singtom. J’en ai 10 à 15 kilos par an maximum, mais ce sont des thés qui sont exceptionnels et qu’il va produire spécialement pour nous parce qu’il ne le fait pas habituellement. C’est parce qu’on a établi cette relation-là qu’ils sont à même de nous proposer des choses intéressantes et puis surtout de nous laisser venir chez eux, dans la plantation, visiter l’usine et passer le temps qu’on veut, prendre les photos qu’on veut. » Autant vous dire que cette plantation est passée sans plus attendre en haut de ma liste de destinations de rêves (j’ai vérifié sur Internet, contrairement aux enchères de thé, Steinthal est ouvert au commun des mortels et on peut même y réserver une chambre). Un jour, j’irai.

Dégustation de thé de Chine et du Japon

J’ai choisi l’angle de la dégustation de Darjeeling pour cet article car c’était une nouveauté pour moi mais nous avons dégusté 17 thés en tout et cette découverte a commencé avec des thés de Chine et du Japon sélectionnés par Marine Sonié. Cette dégustation de thés verts, notamment, n’a pas changé mon avis sur ces derniers, mais je dois avouer qu’on n’a pas vécu tant qu’on n’a pas senti des feuilles de thé vert infusé, qui dégagent vraiment des arômes de paradis. J’ai eu de gros coups de cœur pour les oolongs que nous avons dégustés (je vous en reparlerai dans ma wishlist, en fin de dossier) et pour les thés blancs, que j’avais déjà découverts lors de ma dégustation de thés d’exception Dammann, en amont de cette journée.