Le Club de lecture : l’insoutenable déception de Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb

Amélie Nothomb, Riquet à la houppe, Albin Michel 2016

Amélie Nothomb, Riquet à la houppe, Albin Michel 2016

Un peu en retard, j’ai fini par lire Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb. Je voulais mettre quelques idées par écrit pour plus tard et finalement cette note est sortie d’un coup. Alors j’ai décidé de la publier, comme ça je vais pouvoir aller voir ce qu’Arthémiss en a pensé, elle. En ce qui me concerne, j’ai été (une nouvelle fois) très déçue. 

Il m’est souvent arrivé, quand j’essayais d’expliquer pourquoi j’aimais tant l’écriture d’Amélie Nothomb, qu’on me rétorque « Ah ! Cette prétentieuse qui passe la moitié de ses livres à étaler sa culture comme une épaisse couche de confiture et qui aime utiliser des mots compliqués pour se la péter et faire passer le reste du monde pour des navets ? » (Je paraphrase mais c’est le sens de bien des remarques qu’on a pu me faire.)

J’ai toujours défendu avec vigueur mon amour de l’auteur de L’Hygiène de l’assassin, Métaphysique des tubes, Stupeur et tremblements, Mercure, Les Catilinaires, etc. Et puis, ces dix dernières années, peut-être, j’ai manqué de vigueur parce que les livres d’Amélie Nothomb en manquaient eux-même, comme ils commençaient à manquer cruellement d’originalité et d’imagination. On dit l’écrivain belge prolixe, qu’elle écrit plusieurs romans par an bien qu’elle n’en publie qu’un seul à chaque rentrée littéraire. Depuis quelques années, chaque fois que je lis religieusement sa dernière fantaisie, je me dis que je devrais conseiller à un écrivain de mes amis de s’arrêter un jour de publier également un livre par an. J’ai comme l’impression en effet que les bons écrivains connaissent une pente ascendante et un point culminant, ou bien qu’ils arrivent directement au sommet, mais qu’ils se mettent irrémédiablement à redescendre un jour ou l’autre. Tout ça à cause d’Amélie Nothomb et de ses derniers romans qui m’ont si peu marquée que je me souviens à peine des titres (ou des couvertures : j’ai cette chose avec les couvertures que j’aime sympathiques, attrayantes et originales, comme elles le sont dans le monde de l’édition anglo-saxon. Une énième photo hyper retouchée d’Amélie Nothomb, c’est non seulement réchauffé et bien peu excitant mais accessoirement très décevant).

Dans Riquet à la houppe (que j’ai acheté la semaine dernière presque à contre-cœur parce que je me doutais au fond de moi que je serais à nouveau déçue) on retrouve tous les sujets qui ont pu chacun faire l’objet d’un des meilleurs romans d’Amélie Nothomb : la beauté et la laideur (extrêmes, évidemment, sinon elles n’ont pas d’intérêt), la littérature, l’amour, la contemplation… le tout arrosé de définitions de d’encyclopédie pour les gens qui manquent de conversation lors de leurs dîners en ville (oui, c’est bien ça que d’aucuns qualifient de grosse couche de confiture) et de prénoms alambiqués, parce que personne ne peut avoir un prénom normal dans un roman d’Amélie Nothomb – à part elle, peut-être, dans ses romans autobiographiques.

L’histoire est prévisible, et pas seulement parce qu’il s’agit d’un conte revisité que l’on connaît tous (dans le même genre, Amélie Nothomb avait bien mieux réussi l’exercice avec Barbe Bleue). Un jeune homme très laid, une jeune femme magnifique (mais à qui l’esprit fait cruellement défaut, ou du moins c’est ce qu’on croit), qui vont, bien évidement, finir par se rencontrer et… Ah non, c’est vrai, il ne faut pas spoiler. Sauf que la fin on la devine tous dès le premier chapitre. On n’espère même pas à un moment donné que l’auteur va faire un effort pour être un poil originale et surprendre ses lecteurs. Et la rencontre tient presque de la science-fiction.

Page 141, on note un craquage total. Quant à la page 157, je l’ai tournée avec un immense soupir, heureuse que j’étais de changer enfin de chapitre, et toute la fin je l’ai survolée habitée d’une impatience folle et d’un ennui terrible, pour tout vous avouer.

Ciel. Je me rends compte que cette note entière descend complètement l’ouvrage d’une artiste que je continue pourtant d’admirer sans réserve. Est-ce qu’on cesserait d’aimer Queen, les Beatles, les Rolling Stones ou Jean-Jacques Goldman juste parce qu’ils auraient produit un album moins bon que les autres ? Non. On continue de les adorer pour tout ce qu’ils ont pu faire d’extraordinaire, pour une chanson, même ou trois lignes tout simplement. J’admire profondément Amélie Nothomb. Mais ses derniers romans – à l’exception peut-être de La Nostalgie heureuse, que j’avais trouvé d’une douceur infinie – me peinent quand je les lis. Y’a t-il dans chaque artiste une dose prédéterminée de génie, qui s’épuise un jour ? Mozart nous ferait penser le contraire. D’autres, en revanche… Et pourtant, je sais que l’année prochaine, fidèle au poste, j’irai acheter le dernier roman d’Amélie Nothomb, toute pleine d’espérance qu’elle se soit enfin secouée un bon coup.

PS : Et les bijoux, ils sont passés où, bord*l ??!!