Cinévore #1 : Premier contact, La La Land, Rock’n Roll, Tous en scène…

Cinévore #1 Premier contact, La La Land, Rock'n Roll

J’ai vu quelques films dernièrement et j’avais envie de vous en parler. Mais même si j’aime beaucoup le cinéma, je ne suis pas forcément la mieux placée pour utiliser tous les mots qu’il faut et avoir l’air d’une chroniqueuse sérieuse. Je ne vais pas, par exemple, vous écrire une page entière par film comme je le fais pour les livres. Alors je me suis dit que j’allais vous faire de petites chroniques groupées de temps en temps, pour vous parler des derniers films que j’ai vus et éventuellement annoncer ceux qui me disent bien. Comme ça vous pourrez aussi me donner votre avis ou me proposer des choses à voir. Ça vous dit ? Alors c’est parti !

1 – Arrival (Premier contact) de Denis Villeneuve,
avec Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whittaker

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Le vrai coup de cœur que j’ai eu, ça a été pour Premier contact (Arrival en VO), que j’ai vu à Paris le 27 janvier lors d’un petit marathon personnel (5 films en une journée, il m’a fallu un peu d’endurance !). J’aime la SF, les films d’aliens, tout ça… Donc je me suis dit, « tiens, pourquoi pas ? » J’ai adoré le traitement du sujet. Loin des Independance Day et consorts (qu’on ne se méprenne pas, j’adoooore Independance Day – le premier, hein, je n’ai pas vu la suite) Premier contact aborde avec intelligence le sujet de l’invasion extraterrestre. Enfin quand je dis ‘intelligent’, je pense surtout ‘différemment’ (parce qu’en film d’invasion extraterrestre intelligent on avait quand même le cultisme Mars Attacks). Loin de la castagne immédiate dirigée d’un poing de fer par les Americans First, Arrival s’intéresse à la question de savoir comment communiquer avec nos invités volontaires. Alors évidemment, au départ, ce sont des militaires un peu limités qui veulent parler aux aliens, parce qu’ils veulent savoir ce qu’ils viennent faire chez nous et quelles sont leurs intentions à notre égard (en d’autres termes s’ils comptent nous péter la tronche. Parce que comme tous les militaires des autres films, ils continuent de penser, même dans les années 2000, que si une civilisation a découvert la technologie nécessaire au voyage à travers l’espace, c’est qu’ils y ont consacré toute leur énergie et que du coup ils ont oublié de se pencher sur la question de l’armement – en d’autres termes, ils savent conduire des vaisseaux très, très vite, mais ils seraient incapables de nous exploser en mille milliards de mille morceaux). Mais comme pour ça il faut faire appel à des experts linguistes (et donc à Louise Banks, interprétée par l’excellente Amy Adams), la rencontre prend un toute autre aspect et se tourne plus sur le lien langage-civilisation-culture, autrement dit sur l’importance de comprendre langue d’un certain peuple pour appréhender son mode de penser et donc son mode de vie, sa culture. Outre cette vision très novatrice d’un sujet pourtant autrement éculé, on appréciera la photographie, sublime, mais aussi la bande originale signée Jóhann Jóhannsson, envoûtante avec ses notes métalliques et symphoniques (non, je n’ai pas les bons mots, je n’aime pas la musique électronique et n’en écoute jamais, mais là j’ai été suffisamment séduite pour aller me renseigner, c’est dire !). Et pour conclure en beauté, il faut savoir que ce film est une adaptation d’une nouvelle de Ted Chiang, Story of Your Life, publiée en 1998 et qui, autour du thème du langage, abordait déjà celui du déterminisme et la fameuse hypothèse de Sapir-Whorf. À voir/lire absolument !

2 – La La Land de Damien Chazelle,
avec Emma Stone et Ryan Gosling
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J’ai évidemment succombé comme la terre entière à La La Land de Damien Chazelle. Voir enfin une bonne comédie musicale à la fois à l’ancienne (qui rappelle celles des années 1930-40) et moderne à la fois, ça change et c’est follement rafraîchissant. Le choix du jazz décliné sous toutes ses formes dans la bande originale (que je me suis empressée de télécharger), les feel good songs (bon, il y en a bien une qui copie éhontémment une phrase musicale de Cheek to Cheek de Top Hat, mais passons, on n’aura qu’à appeler ça un hommage), les couleurs vibrantes et toutes ces scènes poétiques, douces et rêveuses… avec pourtant une fin loin de celle qu’on attend d’un blockbuster hollywoodien. La La Land confirme le succès de l’association Damien Chazelle-Justin Hurwitz, rencontré à Harvard et qui signe les bandes originales de ses trois longs métrages (Guy and Madeline on a Park Bench en 2009 – que j’ai très envie de voir, du coup -, Whiplash en 2014 et La La Land), et l’amour du réalisateur pour la musique. La La Land traite avec douceur, élégance et intelligence de la difficulté de concilier vie amoureuse et carrière. On rêve de gloire (et d’amour et de beauté) avec Mia et Sebastian, on trépigne d’impatience avec eux et on vit leurs déceptions et leurs bonheurs, petits et grands. La La Land est à la fois un film comme on n’en faisait plus et comme on n’en avait pas encore fait. Un must see, si ce n’est déjà fait.

3 – Rock’n Roll de Guillaume Canet,
avec lui-même et sa zouz’ Marion-les-Oscars-Cotillard 

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J’ai vu ça dimanche soir, on m’en avait fait tout un foin, je me suis dit « cette fois c’est la bonne », dehors les Ch’tis et compagnie, on va rire pour de vrai, des rires qui montent du bidou, qu’on m’avait même promis à la télé (dans Les Recettes pompettes, en fait, je crois, je ne regarde plus la télé). C’est vrai qu’on rigole bien. Et il faut rendre hommage à la bande-annonce qui nous fait croire qu’on va voir des trucs qu’on ne voit pas en fait (du moins j’ai pas remarqué). Résultat : on ne sait pas trop à quoi s’attendre et c’est pas plus mal, parce que ça part pas mal en sucette. Moi j’ai bien quand ça part en sucette, surtout les scènes qui rappellent celle de Dumbo qui a clairement été créée sous acide, vous savez ? Il y a quelques passages comme ça, dans Rock’n Roll. Le côté dessin animé en moins. Et Marion Cotillard est jouissive. On ne la croyait plus capable de déconner depuis qu’elle s’était mise au politiquement correct pour plaire à l’America First mais en fait elle sait encore être drôle et même rire d’elle-même (bon même si elle n’a pas de scène où elle se fait un bon rail ou où elle s’enfile une veste et une bouteille de vodka avant de faire d’autres trucs que réprouve généralement la bonne morale puritaine-hypocrite américaine – mais first – ne nous affolons pas). Bref on passe un bon moment décalé.

4 – Tous en scène de Garth Jennings

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The Voice version Zoo avec le koala rêveur et idéaliste, la mère de famille aux 25 petits cochons et au mari qui ne la remarque même plus, le gorille un peu racaille qui ne pense qu’à chanter et fait foirer les casses de son gangster de père, la petite porc-épic gothique qui refuse de porter des robes de princesse, le cochon GaGa, la timide à la voix de Rihanna qui nous gonfle tout le film à être timide alors qu’on sait bien qu’à la fin, elle va chanter quand même et que tout le monde va se dire « ouh là là mazette, qu’est-ce qu’elle chante bien, la p’tiote ! » Bref il y a tout ce qu’il faut pour que ça soit bien niais mais quand même c’est hyper drôle et bien mignon aussi alors j’ai beaucoup aimé. Bon, pas le dessin animé du siècle mais on ne peut pas être en 2010 tous les ans.*

Affiche Tous en scène

5 – Collateral Beauty (Beauté cachée en VF) de David Frankel,
avec Will Smith, Helen Mirren, Kate Winslet, Edward Norton, Naomie Harris… 

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Allez hop le p’tit feel good movie de Noyiel avec le plein d’acteurs ultra-connus (mais des bons) et un sujet triste : Will Smith (enfin son personnage, quoi) a perdu sa fille il y a deux ans et il ne s’en remet pas (jusque-là, rien d’anormal). Il passe son temps au travail (quand il y va), à jouer aux dominos (bon, il est fort, hein, il fait des supers constructions qui lui prennent cinq jours à monter, quand même) et les co-fondateurs de sa société s’inquiètent de son… manque de vie ? Outre le fait qu’il ne se nourrit et ne dort plus beaucoup, il refuse de prendre des décisions importantes et menace donc de laisser couler la boîte. Alors ses p’tits copains s’inquiètent (pour lui et pour eux-mêmes, hein), et ils décident d’engager une petite vieille qui le suit partout (elle est détective privée, c’est son métier) et qui se rend compte qu’il écrit des lettres. À la mort, au temps, à l’amour. Et il les poste, hein. Alors ses camarades se disent qu’ils vont bien profiter de lui pour le faire passer pour zinzin et engagent des acteurs pour jouer la vie, le temps et l’amour. Bon, comme c’est un feel good movie, ça finit bien, évidemment, avec une morale qui vous explique que même dans les pires situations il ne faut pas oublier de voir « the collateral beauté », la beauté collatérale (ou, selon le titre français, la beauté cachée) des trucs laids de la vie. Pas évident à comprendre, hein, mais bon c’est un film miyon de Noyiel alors on sourit un peu à la vie et on est content. Ce qui rend content dans ce film c’est que même si c’est très convenu c’est très bien joué (bon, sauf Keira, elle, je sais pas, j’y arrive pas, elle en fait trop, mais peut-être que c’est moi). Surtout par Helen Mirren, extra et extra-funny, Will Smith (même si il est scientologue il est pas trop mal quand il veut quand même) et Kate Winslet. Naomi Harris est bien, aussi, même si bon, elle est tellement dans le pathos qu’on pige la fin direct. Dommage.

Beauté cachée Affiche Collateral Beauty

6 – Passengers de Morten Tyldum,
avec Jennifer Lawrence et Chris Pratt, mais aussi Michael Sheen.
Ah oui, et Gus Mancuso

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Bon, un peu pareil, film de fin d’année, bons sentiments, tout ça. Enfin c’est quand même vachement de bol que celui qui se réveille 90 ans en avance et qui va passer sa vie tout seul dans le vaisseau il soit plutôt bien fait de sa personne qu’on lui cracherait pas dessus si on était les deux derniers humains en vie. Et que la fille c’est une méga bombasse atomique, que si je suis la dernière fille de la planète avec elle, pas grave, je deviens lesbienne. Mais il y a de bons moments quand même, parfois on rigole un peu.

Affiche Passengers

7 – Nocturnal Animals de Tom Ford,
avec Amy Adams et quelques autres
(ah si, y’a Aaron Taylor-Johnson qui est drôlement bien, quand même)

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Alors ça c’est le film le plus perturbant de ma vie parce que déjà en vrai je ne fais pas trop la différence entre Amy Adams et Isla Fisher (que j’aime bien toutes les deux) et là on m’utilise les deux pour jouer des personnages qui sont supposés êtres des calques l’un de l’autre. Pas étonnant que jusqu’à ce soir je n’aie pas compris laquelle des deux jouait dedans. Sinon, le film. Bon, bah c’est tiré d’un livre, Tony & Susan, d’Austin Wright, qui est sûrement beaucoup moins chiant que le film. Parce que Tom Ford, certes, il fait des trucs jolis (en même temps c’est sa vie, la beauté, et son métier aussi) et du coup il fait des films « beaux ». Ah ça, oui, c’est beau. Mais fixer le ciel qui est beau sous prétexte que c’est joli entre deux scènes où il ne se passe pas grand-chose, c’est chiant. A Single Man (déjà une adaptation du roman éponyme de Christopher Isherwood ; à croire qu’à part pour faire des robes, Tom Ford n’a pas beaucoup d’imagination) c’était déjà long et chiant. Subitement joué, mais chiant. Principalement très « esthétisant », pour reprendre quelqu’un. Bref, si tous les esthètes de la planète se mettaient à faire des films pour être sûr que ça corresponde bien à l’idée qu’ils s’en font en lisant le livre, on ne s’en sortirait pas. Heureusement, Tom Ford ne pond (jusque-là) qu’un film tous les sept ans, espérons qu’il ne se mette pas à un challenge de lecture de type « un livre par semaine », sinon on est mal.

Affiche Nocturnal Animals

Et sinon à voir très prochainement : 

  • Split (qui, malheureusement, n’est pas encore programmé en VO à Tours…)
  • Fences
  • A Cure For Life
  • Lion
  • Loving
  • Moonlight
  • Noces
  • L’Ascension
  • L’Empereur

Et un poil plus tard : 

  • Les Figures de l’ombre
  • T2 Transpotting (ce qui implique donc que je voie l’original)
  • Botticelli Inferno

 

* Pourquoi 2010 ? Parce que c’est en 2010 que sont sortis Tangled (Raiponce), Despicable Me (Moi, Moche et Méchant), Megamind, Toy Story 3, Dragons, Fantastic Mr. Fox et, et, et… La Princesse et la Grenouille (ah oui, aux US c’était 2009, mais chez nous c’était janvier 2010). Rien que ça. Eh oui, en 2010, on n’a regardé que des dessins animés et c’était de la bombe. #2010rocked