Books of 2017 vs. Theatre: Dom Juan & Don Juan in Soho

Don Juan in Soho starring David Tennant - DR

Don Juan in Soho starring David Tennant – DR

Aujourd’hui, je vous parle de THE pièce de théâtre à voir à Londres, l’excellente Don Juan in Soho de Patrick Marber, avec, dans le rôle-titre, David Tennant et dans celui de Stan (anciennement Sganarelle dans la version originale) le formidable Adrian Scarborough. Les esprits sensibles et puritains risqueront de ne pas apprécier cette interprétation obscène, cette profanation souillante de Molière. Les autres passeront la meilleure soirée qu’il leur sera donné de passer au théâtre cette année. 

Lors de mon escapade de mars dernier à Londres pour faire le plein de théâtre avant que le Brexit ne soit mis en place et que je doive demander un visa pour aller à Theatreland, j’ai vu Don Juan in Soho de Patrick Marber, au Harold Pinter Theatre. Comme son nom l’indique, cette pièce est un Dom Juan revisité, dans les années 2000, et à Soho, à Londres. Dom Juan devient DJ, qui vit une vie aussi dissolue que le Dom Juan de Tirso de Molina et de Molière, mais en pire, quand même. Parce qu’à l’époque de Molière, il n’y avait pas de téléphones portables pour enregistrer et noter toutes les conquêtes du scélérat. Et qu’on n’aurait jamais imaginé intégrer à la pièce une scène de masturbation (et même pire) en plein milieu. Bref, c’est une version encore plus pervertie que l’originale et Patrick Marber, l’auteur de la pièce, qui la met également en scène, l’a remise au goût du jour (elle date de 2006) avec quelques adaptations.

En lisant la pièce à l’avance pour comprendre de quoi il retournerait, je me suis rendu compte que l’intrigue était exactement la même que celle de Dom Juan. Les mêmes scènes, le même déroulement et les mêmes thèmes (la séduction, le rejet des règles morales, de la religion et de l’hypocrisie de la société, ainsi que le châtiment). Mais le tout est transposé à notre époque et inclut les dérives qui découlent de la vie à l’ère du numérique. Je me suis donc permis de survoler la pièce plutôt que de la lire soigneusement, car je voulais garder une part de surprise – et je n’ai pas été déçue. J’ai vu la pièce le 17 mars, le soir de la première représentation. Ce fut un succès fulgurant avec une standing ovation spontanée dès la fin de la pièce. Il est d’usage en Angleterre que les saluts soient brefs, mais les acteurs, David Tennant en tête, semblaient prêts à recueillir un peu plus d’amour du public conquis.

Le casting est excellent, chacun parfait dans son rôle. David Tennant (ancien Docteur), évidemment, mais aussi Adrian Scarborough, le meilleur Sganarelle (pardon, Stan) qu’il m’ait été donné de voir. Mention spéciale également à Dominique Moore (Lottie, l’équivalent moderne de Charlotte), Danielle Vitalis (Elvira) et Gawn Grainger (Louis). Les décors et la mise en scène sont éclatants et les acteurs font preuve d’une énergie incroyablement communicative. La musique vous reste en tête et les chorégraphies sont envoûtantes. C’est le genre de représentation qui vous laisse en transe un moment – le lendemain matin j’en étais encore toute chamboulée. Pour en profiter, il faut toutefois se dépêcher, la pièce ne sera au Harold Pinter Theatre que jusqu’au 10 juin. Si vous êtes de passage à Londres avant cette date, c’est vraiment le spectacle à ne pas rater.