Fast and Furious 8 : campagne de réhabilitation d’une franchise qui le vaut bien

Fast And Furious 8 - The Fate of the Furious

Fast And Furious 8 – The Fate of the Furious

Oubliez un instant la campagne présidentielle, qui ne vaut pas un clou, avec toutes ces promesses qui ne seront pas tenues et faites plutôt le pari inédit de croire en quelque chose de plus grand, de plus fort et de plus sincère : Fast and Furious 8

Une info pour les novices, déjà : si vous n’avez jamais vu un F&F, je ne perds pas espoir que cet article (ou quoi ou qui que ce soit d’autre) vous convainque un jour de vous y mettre, j’y raconte quelques scènes importantes mais qui ne vous gâcheront pas votre expérience (pas de spoilers, quoi).

Attendez, attendez ! Avant de quitter à tout jamais cette page et ce blog, de me bloquer sur Facebook, Twitter et Instagram et de me clouer au pilori, laissez-moi donc une chance. Vous avez bien trouvé quelques heures de votre vie que ça ne vous a pas trop gêné de perdre bêtement en regardant le débat des escrocs candidats à la présidentielle, vous pouvez bien me consacrer dix minutes, pour que je vous explique comment un simple « film de beaufs fans de tunning » s’est transformé en une franchise de films d’action grand public et au succès incontesté dans le monde entier, pas vrai ? Merci bien. Alors, Fast and Furious, par où commencer ?

Genèse d’une série de « films de beaufs »

Et pourquoi pas par le commencement ? Le premier, le Fast and Furious d’origine (The Fast and the Furious en VO, 2001), je l’ai vu parce qu’à l’époque je sortais avec un garçon qui savait ce qu’était le tunning et qui aimait ça, en plus (on ne prévient pas assez les jeunes filles qui deviennent moins moches à partir d’un certain âge que subitement elle vont se mettre à susciter un certain intérêt et qu’elles ne sont pas obligées d’accepter n’importe qui sous prétexte que personne ne voulaient d’elles jusque-là. En résumé : j’avais 18 ans, que celui qui n’a pas fait de conneries à cet âge-là me jette la première pierre). J’ai trouvé ça divertissant sans plus (le film, pas le boyfriend, qui lui était absolument navrant). J’ai toujours bien aimé les films d’action avec des cascades un peu fofolles, là, j’étais servie, même si j’aurais bien fait l’impasse sur les passages avec les filles quasi à poil et les gros beaufs de service.

Le deuxième, 2 Fast 2 Furious (2003), je ne me souviens plus trop, j’ai dû le voir à la télé, un soir où je n’avais rien de mieux à faire. Franchement, jusque-là, rien ne prédisait la passion que j’éprouverais un jour pour cette série. Et surtout pas le 3, Fast and Furious: Tokyo Drift (2006), que je n’ai jamais vu, parce que bon, déjà que c’était « juste » des films de tunning, si en plus y’avait pas Vin Diesel pour jouer les gros bras et me parler « famille » ou Paul Walker pour me faire les yeux doux, franchement je voyais pas l’intérêt. Alors, les trois premiers Fast and Furious, une série de « films de beaufs » ? C’est l’opinion générale, et j’avoue que je la partage – il suffit par ailleurs de jeter un œil aux affiches de l’époque, un joli mélange de kitsch et de vulgaire comme on n’oserait pas en rêver. Toutefois, la ligne directrice a changé à partir du 4 et je ne pense pas que ce jugement soit encore bien juste pour les derniers épisodes.

Fast and Furious 4 ou la Renaissance de la franchise

C’est à partir de Fast and Furious 4 (Fast & Furious and VO, 2009) que la saga a gagné de l’intérêt à mes yeux (et qu’elle a commencé à en trouver de plus en plus, séduisant à chaque opus un peu plus de spectateurs). On retrouve le casting d’origine (Vin Diesel, Michelle Rodriguez, Paul Walker et Jordan Brewster), on en récupère du 3, on secoue avec quelques nouveaux, et on repart sans même manger un Mars. C’était rythmé, les cascades étaient un peu folles et dérangées, ça ne se prenait vraiment pas au sérieux… On commençait à voir l’esprit Fast and Furious qui est désormais l’identité de la franchise et qui fait que j’ai accroché à ce moment-là. Autre changement significatif : à partir du 4, un nouveau film sort tous les deux ans, alors que huit ans se sont écoulés entre le 1 et le 4).

Pour Fast and Furious 5 (Fast Five en VO, 2011), ils ont eu l’excellente idée d’ajouter Dwayne ‘The Rock’ Johnson (dont je suis supra fan) au casting. Du coup fallait que j’y aille. C’était encore moins prise de tête, toujours dans la dérision – et même l’auto-dérision – et les cascades étaient encore plus folles que les précédentes. Une recette qui a été réutilisée depuis au point qu’à chaque fois désormais on se demande ce qu’ils vont bien pouvoir inventer de plus déjanté encore. Et c’est avec celui-là qu’on a aussi appris à rester scotché à son siège jusqu’à la fin du générique parce que parfois il s’y passe des trucs presque plus fous que pendant le film.

Depuis ce moment je n’ai plus décroché. Dans Fast and Furious 6 (2013) on quitte Rio pour aller dézinguer la ville de Londres à la poursuite de Luke Evans (oui, c’est un casting qui ne cesse de s’amender) avec Dwayne Johnson et Elsa Pataky à ses trousses. Et ça se finit bien sûr sur un grand repas de famille entre amis, car la famille, comme on l’a vu encore récemment dans L’Appel de Portobello Road de Jérôme Attal, ce n’est pas seulement celle dans laquelle on naît mais aussi celle que l’on se fait au fur et à mesure des aventures que la vie nous réserve. Et quelle que soit la famille que l’on se choisit, c’est toujours ça qui est le plus important (eh ouais).

Fast and Furious 7, le nouveau pivot de la saga 

Si vous êtes un minimum au fait des choses de la vie, vous n’êtes probablement pas passés à côté de l’annonce du décès de Paul Walker (alias Brian dans la franchise), le 30 novembre 2013, à 40 ans, dans un accident de la route. Si vous n’en avez rien à faire de Fast and Furious et que c’était déjà le cas il y a trois ans et demi, vous n’avez sûrement pas compris l’importance de cette nouvelle pour les fans (dont moi). Paul Walker jouait Brian O’Conner depuis le premier film et formait avec Vin Diesel le duo qui liait la saga ensemble depuis le départ : l’ancien taulard et l’ancien flic, qui se retrouvent autour de valeurs communes – la justice et la vérité, la famille et le respect, tout ça, tout ça. De plus, le 7e épisode était en plein tournage et s’est évidemment posée la question de savoir ce qu’on devait faire. La plupart des scènes auxquelles devait participer Paul Walker étaient tournées, les plus importantes, du moins. L’histoire a donc été remaniée et un des frères de l’acteur, qui se trouve être son sosie, a pris sa place pour notamment les toutes dernières scènes du film, où l’on voit Brian, sa femme et son fils se séparer du groupe, afin d’éviter d’infliger à nouveau à l’équipe du film la douleur de revivre la perte de celui qui était devenu un ami très cher, notamment pour Vin Diesel.

Dans Fast and Furious 7 (Furious 7 en VO, 2015), les fans ont donc pu retrouver Paul Walker pour la dernière fois et vivre un vrai moment d’émotion à la fin du film, non sans être passés par plusieurs moments de folie entre les deux.  Déjà, on découvre que le méchant cette fois est Jason Statham (et là, entre Diesel, Johnson et Statham, si vous n’avez pas la dream team du film d’action, je ne sais vraiment pas ce qu’il vous faut) et ça commence fort avec une baston épique entre Statham et The Rock (qui finit à l’hôpital pour ce dernier, et il y restera la majeure partie du film, avant de décider qu’il en marre et qu’il veut jouer à dégommer les méchants lui aussi). Après avoir parachuté des voitures d’un avion pour aller délivrer Missandei – pardon, Megan Ramsey, une hackeuse de génie jouée par Nahalie Emmanuel – prisonnière dans un car sur le flan d’une montagne, la fine équipe se rend à Abou Dabi, où Dominic Toretto (Vin Diesel) et Brian O’Conner (Paul Walker) montent tout en haut d’une tour, chippent une Lyman Hypersport (oui, j’ai utilisé Google pour retrouver le nom de la voiture) et lui font traverser, non pas un mais deux immeubles avant de s’en échapper et de la laisser d’écraser. Destruction totale. Une des cascades les plus impressionnantes de la série so far, qu’on imagine difficile à battre. Mais pas la seule réalisation improbable du film. À la fin, quand il voit que ses copains sont en train de galérer et que la ville est en train de s’effondrer, Luke Hobbs (alias Dwayne Johnson) décide que l’hosto ça va bien cinq minutes, il se lève, gonfle ses muscles, fait exploser ses plâtres et se barre. Gros éclats de rires dans la salle et énorme nouvelle cascade en vue, qui implique un parking de plusieurs étages éclatés, un hélicoptère qui mitraille tout ce qu’il voit, un sac de grenades, une voiture, Vin Diesel et, au sol, un Hobbs énervé qui a piqué la mitraillette d’un drone. Oui, je sais, je raconte super mal, franchement, regardez le film. Évidemment tout finit bien (avec un repas en famille) et on attend, comme depuis quelque temps, la sortie du prochain film dans deux ans avec impatience.

La Folie Furieuse de Fast and Furious 8, ou la revanche des « films de beaufs » 

Nous voilà donc à mercredi 12 avril, date de sortie en France de Fast and Furious 8 (The Fate of the Furious en VO). Si vous en êtes arrivés là, vous devriez commencer à comprendre que cette franchise, c’est quelque chose. Un casting impressionnant qui ne cesse de s’étoffer avec les épisodes (on découvre cette fois Charlize Theron mais aussi Helen Mirren – oui, vous avez bien lu, celle qui a joué The Queen et qui cette fois se met en mode caillera pour prendre le rôle de la maman de Jason Statham), des courses de voitures et des cascades en délire et, après Rio et Londres, par exemple, on attend de nouvelles destinations. Cet opus fait fort en débutant à La Havane avec une course de voitures impressionnante (Toretto conduit une épave de laquelle il a retiré la majeure partie de la carlingue et finit la course en marche arrière, avec le moteur en feu). Entre cette course cubaine et la fin du film, on découvre un garage secret avec toutes les voitures saisies aux vilains garnements délinquants américains (perso j’y connais rien en voiture, mais il y a l’air d’y avoir des trucs assez cool), une scène où des dizaines de voitures sont jetées d’un immeuble, une autre où Jason Statham se bat avec un couffin dans les bras (il faut préciser qu’il y a un bébé, dans le couffin, sinon ça n’a pas le même impact), et le summum est atteint quand on découvre un sous-marin qui poursuit des voitures de course en pétant la banquise en Russie (après vérification, j’ai découvert grâce à Internet qu’un sous-marin va à 80km/h environ si c’est le plus rapide du monde. Apparemment ça serait beaucoup moins qu’une Lamborghini au mieux de sa forme. D’où le léger manque de crédibilité de cette scène – mais on n’a qu’à se dire que sur la banquise, peut-être que la Lamborghini n’est pas au maximum de son potentiel). Ah, et pour changer, ça finit avec une famille un peu agrandie qui se retrouve autour d’une table pour un repas… bah en famille. 

J’ai assisté à cette séance de Fast and Furious 8 avec un ami franchement pas convaincu au début qui se demandait vraiment ce qu’il faisait là (et peut-être aussi ce que je faisais là moi-même, vu que d’habitude, si on va pas au ciné voir des films sérieux, on se voit lors d’un concert de l’orchestre symphonique de Tours. Pas tout à fait l’univers Fast & Furious, quoi). Il a été un peu scotché dès le départ (une voiture pourrie qui gagne une course en marche arrière et en feu, c’est pas commun) et, comme je le lui avais promis, non seulement pendant le reste du film il ne s’est pas ennuyé une seconde, mais il a ri et s’est diverti. Car la beauté de la franchise Fast and Furious ne réside pas dans des scénarios dignes des César, non. On ne se demande même pas si le gentil va réussir à vaincre le méchant, car on sait qu’il va lui mettre une raclée digne de ce nom. Mais au moins ça ne fait pas semblant. Quand on débourse le prix d’un billet de cinéma pour aller voir un des films de cette franchise, on paie pour voir une histoire qui ne se prend pas la tête (et ne nous prend pas la nôtre), des blagues et des acteurs qui ne se prennent pas au sérieux, des cascades déjantées, improbables mais hyper impressionnantes et surtout, on veut voir Dominic Toretto embringué une fois de plus malgré lui dans la course aux méchants pour protéger sa famille (alors bon, je ne vous cache pas que oui, c’est ça l’histoire à chaque fois, hein). D’autres films vous montrent les trois seules minutes intéressantes dans la bande-annonce en vous promettant des rires en cascade alors que vous vous ennuyez la plupart du film ; d’autres vous font miroiter le film du siècle alors qu’en fait on se retrouve avec un gros navet prétentieux sur grand écran ; Fast and Furious ne vous décevra pas car il ne prétend jamais être ce qu’il n’est pas. Ce n’est pas pour rien que cet opus a effectué le meilleur démarrage de l’histoire du cinéma en rapportant plus de 531 millions de dollars de recettes mondiales lors de son premier week-end d’exploitation (et qu’il s’agit également du meilleur démarrage de l’année en France avec plus de 1,86 millions d’entrée lors de la première semaine). Reste à savoir ce que les réalisateurs des opus 9 et 10 (déjà commandés), nous réserveront pour aller toujours plus loin, « vers l’infini et l’au-delà », comme dirait l’autre mais il n’y a pas trop d’inquiétudes à avoir, car un Fast and Furious tient toujours ses promesses. Contrairement à un candidat à la présidentielle, quand Dominic Toretto vous parle de respect de certaines valeurs, on y croit. Et pour lui laisser le mot de la fin : « Money will come and go, we all know that. The most important thing in life will always be the people in this room. Right here, right now. Salute, mi familia. »*

* « L’argent, ça va, ça vient, on le sait tous. La chose la plus importante dans la vie, ça sera toujours les gens présents dans cette pièce. Ici et maintenant. Santé, ma famille », en français, NDLR